Une vie de migrants.

 

Tous les ans, ils sont plusieurs centaines de milliers à envahir le centre Bretagne plus précisément les landes de Locarn en côtes d’Armor. Ces migrants qui reviennent tous les ans ne sont pas si bien accueillis,et le parallèle avec la montée de l’intolérance dans toutes les strates de notre société actuelle et la stigmatisation de « l’étranger » semble évident, tant les symptômes sont identiques,

Ces migrants d’un autre genre sont les meutes d’étourneaux sansonnets qui viennent passer l’hiver sur les terres d’Europe de l’Ouest. Il est vrai qu’ils sont très nombreux, 500 000, 800 000, un million, plusieurs millions ?

Et tous les soirs toujours le même rituel. A une demi-heure du coucher du soleil, ils arrivent en petits groupes ou en grosses nuées, selon leur préférence de passer la journée en grand nombre ou en comité restreint.

L’étourneau est un opportuniste capable de déterrer vers et mollusques enfouis sous terre, ou de se servir en céréales là où il peut en trouver.

Et c’est bien-sur là que le bât blesse pour la population sédentaire locale. Il est accusé de déterrer les jeunes pousses de céréales ou de venir manger dans les silos de maïs.

Et pourtant, même si tous les soirs, des coups de carabines sont tirés pour les éloigner, et si, dans le coin, ils sont traités de tous les noms d’oiseaux, c’est un plaisir indescriptible pour tout amoureux de la Nature, de pouvoir admirer ces oiseaux parader ensemble. Est ce par plaisir de se retrouver qu’ils passent autant de temps à virevolter en essaim tel un ballet enchanté ?

Pour le photographe, il faudra aussi être habile car les nuages se déplacent vite, et c’est à la tombée du jour, dans des conditions lumineuses difficiles, que ces oiseaux aiment serpenter le ciel en groupes plus ou moins compacts.

Vitesse lente, utilisation du grand angle pour intégrer le paysage ou téléobjectif, tout l’arsenal du parfait photographe sera utilisable pour réussir des photos qui se révéleront très artistiques. La rentrée dans la sapinière-dortoir, quand l’obscurité est toute proche, est un moment unique et impressionnant en bruits et en loopings de toutes sortes.

Pour ma part, je vis leur départ, au début du printemps comme une détresse, car ces oiseaux laissent un vide énorme en vie sauvage dans nos campagnes, ravagées par l’agriculture et l’élevage intensifs. On peut espérer que ces oiseaux puissent être, un jour, acceptés et respectés car cette faune sauvage fait aussi partie de notre patrimoine. Rêvons un peu !

 

L’auteur

Nicolas Le Boulanger est un photographe ayant repris les molettes d’un appareil photo depuis une dizaine d’années. Il est installé depuis peu en Bretagne, en tant que photographe pro, et après avoir photographier la faune des forêts, c’est maintenant dans les airs que son objectif s’envole.

Toujours en quête d’images au plus proche de la Nature, il s’efforce de montrer, avec ses visions et sensations, que tout être vivant doit être respecté et protégé.

  • Titre Une vie de migrants
  • Origine France
  • Site d'exposition Galerie du Cap Nord