Mvua

Éric Isselée voit le jour en 1966 dans la région bruxelloise. Son père, spécialisé dans les prises de vue aériennes, lui transmet le gène de la photo. Consciemment ou pas, il a hérité symboliquement de ce goût pour la prise de recul. Celle qui loin de ne donner de l’amplitude  que sur le plan visuel, permet à notre propre pensée de prendre également de la hauteur . Car bien que naturellement en quête perpétuelle de la beauté, la démarche de l’artiste ne se limite pas à une recherche formelle de l’esthétisation. Créateur insatiable et amoureux de la nature , c’est aussi sous le prisme des aspérités et du relief que l’artiste nous invite à conscientiser notre regard et décliner nos émotions.

En 2006, il crée  Life on White et axe sa démarche artistique en photographiant des animaux sur fond blanc . Ce studio gère plus de 35.000 images de 1.500 espèces et  lui confère à ce jour une réputation  mondiale dans le domaine.

Cette inclinaison pour la photographie animalière, il la sublime encore en complétant sans cesse sa collection Mvua , issue de clichés montrant des animaux sauvages pris sous la pluie dans la plaine du Serengeti et du parc national de Virunga qui vous est présentée aujourd’hui.

Mvua, c’est un face à face avec ces figures emblématiques de la faune sauvage, lors de moments où tout semble s’arrêter.

À l’approche de la pluie, les oiseaux cessent de chanter, les insectes se posent faisant disparaître leur bourdonnement incessant. Le silence se fait un moment pour ensuite laisser place au vacarme crépitant des gouttes qui viennent finir leur course en se fracassant violemment sur le sol.

Le ciel s’assombrit. La lumière, si elle n’est à l’orée de l’averse, se tamise. L’horizon disparaît peu à peu derrière un rideau grisâtre formé de millions de gouttes d’eau. Le temps d’une averse, les végétaux se couvrent de pluie offrant un aspect vernis, plus profond, plus saturé. Les bois gorgés d’eau deviennent plus sombre, presque noir. La poussière, emportée par les gouttes, retourne à la terre devenue elle aussi très noire. La moiteur de l’air développe des odeurs insoupçonnées, elle redonne à la terre son odeur, lourde, grasse et fertile.

Les lions et les mammifères de plus petite taille cherchent un abri, les autres font de leur corps une protection sommaire, penchant légèrement la tête pour protéger leurs yeux des millions de projectiles. Tous, à l’exception des éléphants, plient leurs oreilles pour empêcher l’eau ruisselante d’y entrer.

En choisissant délibérément de figer artistiquement le règne animal dans ces conditions, Eric Isselée, certes nous livre un autre regard  sur une faune soumise aux lois de la nature et une vision intimiste d’un moment privilégié, authentique .  Parallèlement, loin de s’en tenir au strict embellissement des  émotions, il nous interroge  aussi sur la puissance de l’art et de l’artiste quand il met en évidence cette nécessité de garder intacte et pure la nature qui les provoque, les accueille. Saisir la beauté intrinsèque de notre environnement pour nous inviter positivement à le respecter, le défendre, en assurer la pérennisation est un objectif qui sous-tend toute la démarche de cette collection.

  • Titre Mvua
  • Origine Belgique
  • Site d'exposition Galerie du Cap Nord